1- PAUL-ÉMILE VICTOR accueille au Havre la 12e expédition antarctique

 


   

 

PAUL-ÉMILE VICTOR accueille au Havre la 12e expédition antarctique qui a débarqué hier du « Magga-Dan »

(De notre rédaction havraise)

(Article paru dans "Paris Normandie" du mardi 28 mars 1963)

- Bonjour ! Le voyage s'est bien passé ? Paul-Émile Victor serre l'aile d'un des pingouins de la terre Adélie, au cours de l'escale du Havre alors qu'ils se rendent dans un zoo du Danemark. En arrière-plan, René Merle. A noter d'ailleurs que ces pingouins sont en réalité, des manchots empereur.

Coque rouge, superstructures ivoire, battant à la corne un grand pavillon danois - le « Danebrog » - le courrier de la terre Adélie, le cargo « Magga-Dan », de l'armement Lauritzen, affrété par les Expéditions Polaires Française, a franchi les digues du port du Havre, hier matin, peu avant 10 heures.

Sur le quai Hermann-Du-Pasquier, que balayait un vent frais et presque encore hivernal, Paul-Émile Victor, chef des Expéditions Polaires Françaises, entouré de MM. Gaston Rouillon, directeur adjoint chargé des missions scientifiques polaires françaises, et d'un petit groupe de parents et d'amis, était venu accueillir les seize membres de la 12e Expédition française en antarctique, dirigée par René Merle.

Tandis que s'effectuait la manoeuvre d'accostage, les « savants », environnés d'une douzaine de superbes pingouins en « habits de cérémonie » - pingouins qui sont destinés à un parc zoologique du Danemark - échangeaient les premiers gestes de bienvenue avec la « terre ». Et, la passerelle aussitôt jetée, toute l'assistance, avec une hâte bien compréhensible, grimpait à bord, envahissait les coursives, et gagnait le salon où devait se dérouler une intime réception de « retrouvailles ». Pendant temps, les dockers eux aussi, étaient montés sur le « Magga-Dan », et le déchargement de 60 t. de matériel commençait, un matériel des plus hétéroclites, puisqu'il va d'un hélicoptère à un bateau de débarquement, et de tracteurs « Weasel » à une collection d'échantillons minéralogiques qui feront l'objet d'analyses approfondies dont les résultats ne seront d'ailleurs pas dévoilés avant plusieurs mois.

Il convient en outre de signaler, qu'en plus des recherches de glaciologie et de sismologie entreprises au cours de ses quatorze mois d'hivernage à la base Dumont-d'Urville, l'équipe de René Merle s'est particulièrement penchée sur les problèmes de la météorologie. Plusieurs sondages en haute stratosphère ont été effectués et, pour la première fois depuis l'implantation d'une base française en terre Adélie, les savants se sont occupés d'un phénomène que l'hémisphère Nord apprécierait fort en ce moment : celui du « réchauffement printanier » !

Le « Magga-Dan » devait quitter Le Havre dès ses opérations terminées pour ne revenir qu'au début de l'automne prochain, en vue d'assurer un nouveau départ vers notre lointaine possession de l'Antarctique.